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Des efforts pour améliorer les conditions de travail dans les drives

Publié le 08 novembre 2013 par 

 

Carrefour et Auchan commencent à aménager leurs derniers drives pour réduire les facteurs de pénibilité. Les deux enseignes voient leurs effectifs doubler depuis 2006. Il était temps de s'attaquer concrètement au difficile environnement de travail des préparateurs de commandes.

Les distributeurs s'emparent du sujet des conditions de travail dans le drive. À commencer par Auchan qui vient de signer un accord sur la prévention des risques professionnels dans ce nouveau type de commerce avec la Carsat (Caisse d'assurance retraite et de la santé au travail) Nord-Picardie. Sont concernés 2 700 salariés et 83 drives Auchan. « Pour nous, commerçants d'hypermarchés, c'est un nouveau métier, explique Pascal Damien, patron du drive chez Auchan. Avec le drive, nous devenons des industriels qui produisent des caisses et qui emploient des logisticiens. »

L'éclosion du format a vu se développer un nouveau métier, celui de préparateur de commandes, « une activité potentiellement sinistrogène », selon Vincent Corlier, ingénieur-conseil à la Cramif (caisse régionale d'assurance-maladie d'Ile-de-France). Dix à douze kilomètres par jour en moyenne, des produits lourds à attraper pour lesquels il faut se baisser ou s'étirer, des chariots encombrants à pousser... autant de risques sur lesquels Auchan s'est penché depuis trois ans, avec l'aide de la caisse régionale d'assurance-maladie de Nord-Picardie. « L'activité de préparation de commandes sollicite beaucoup le corps, confirme Loïc Le Guennan, ingénieur-conseil à la Carsat. Elle soulève des problèmes de positions de travail, de fréquence et d'utilisation du matériel. »

 

DÉPLACEMENT MINIMAL

 

Pendant six mois, trois drives ont joué le rôle de pilote, tous dans le Nord, à Saint-Omer (62), Englos et Roncq (59). « Après avoir consulté nos salariés, nous avons repensé l'organisation interne de nos sites pour faire en sorte qu'ils se déplacent le moins possible, précise Pascal Damien. Il fallait améliorer la prise des produits sans agrandir les boîtes que sont les drives. » Il a fallu optimiser les gammes, sans les réduire - chaque drive de 1 500 m² compte 6 000 à 8 000 articles -, et reconcevoir les trajets de circulation. Le matériel a été optimisé : chariots à fond constant permettant de mettre les articles au niveau du préparateur, miroirs de sécurité sur les zones de livraison, auvents transparents pour apporter la lumière du jour. La préemption est aussi moins importante qu'avant : les salariés ne doivent plus se baisser en deçà de 40 centimètres pour attraper un produit, ni s'étirer au-delà de 1,40 mètre. Les distances parcourues par jour ont diminué de 20 à 30% grâce à une réimplantation des articles. Enfin, un salarié par drive est formé pour vérifier que les postures de ses collègues sont bonnes. À ce jour, 80% des drives ont leur formateur maison.

Grâce aux systèmes d’information, nous mettons les produits à faible rotation dans les zones d’accès les moins confortables. La formation des équipes est aussi très importante. Chaque salarié a droit à un quart d’heure d’échauffement avant de commencer à travailler avec le moniteur-formateur désigné dans le drive.”

loÏc le guennan, ingénieur-conseil à la carsat

 

 

Carrefour a également pris le sujet en main et établi un référentiel valable pour les 310 drives et 2 000 collaborateurs du groupe. Celui-ci recensant tous les risques inhérents aux métiers du format. Dans les grandes lignes, il ressemble à celui élaboré par Auchan, les mêmes problèmes générant les mêmes solutions. « Il a fallu équiper nos drives du matériel nécessaire pour réduire les postures les plus pénibles, précise Christophe Labattut, directeur de la santé au travail nommé chez Carrefour il y a un an. Nous avons commencé par établir un plan type par surface de drive et défini des quantités nécessaires de produits pour chaque type de drive. » Objectif : réduire le nombre moyen de kilomètres, entre 10 et 12 par jour, parcourus en moyenne par un salarié dans ce type d'entrepôt. Parfois, les détails font toute la différence. Le poids des bacs a été abaissé de 3 kilos (de 15 à 12 kilos), la hauteur des étagères changée (de 20 cm à 1,20 m), l'éclairage modifié et les chariots de commande allégés.

Depuis un an, nous nous réunissons tous les mois avec nos interlocuteurs de la caisse régionale d’assurance-maladie d’Ile-de- France. Il faut sécuriser les zones de circulation, aménager celles de stockage, limiter les bruits et les amplitudes thermiques, garantir un niveau d’éclairement naturel et artificiel minimal….

Christophe Labattut, dir. de la santé au travail, carrefour

 

 

ATTIRER DE NOUVELLES RECRUES

 

Reste à appliquer sur le terrain ces bonnes pratiques. Chez Auchan, la trentaine de drives qui vont ouvrir d'ici à 2014 et les quelque 880 nouveaux salariés concernés devraient en bénéficier. Un bon argument aussi pour embaucher. Car ce n'est pas toujours facile pour les enseignes d'attirer de nouvelles recrues, les métiers du drive étant particulièrement ingrats. Chez les indépendants aussi, la question est posée. Leclerc travaille sur des chariots plus légers et des parcours moins longs. Le groupement teste également l'automatisation, notamment à Franconville, dans le Val-d'Oise. Une manière radicale de régler les questions de santé au travail.

DES PROGRÈS À GRANDS PAS

Chez Carrefour...

  • Un plan type d'implantation des produits dans chaque drive, en fonction de la surface, de la largeur des allées, pour limiter les distances parcourues par les préparateurs de commandes.
  • La taille des bacs est abaissée et limitée à 12 kilos, au lieu de 15, pour que ce soit moins lourd à porter.
  • Les étagères sont moins hautes pour éviter d'avoir à trop lever les bras et à trop se baisser : elles font entre 20 cm et 1,20 m.
  • Un niveau d'éclairage minimum et, si possible, naturel pour que les collaborateurs puissent voir la lumière du ciel.
  • Les chambres froides sont davantage isolées pour limiter les bruits de moteur.

... et chez Auchan

  • Des chariots à fond constant qui évitent de se baisser pour récupérer les colis.
  • Une optimisation du parcours pour les préparateurs de commandes, qui a baissé de 20 à 30% le nombre de kilomètres par jour.
  • Des zones de confort qui placent les produits entre 40 cm et 1,40 m de haut. - Des miroirs de sécurité sur les zones de livraison.
  • Des auvents transparents sur les quais de livraison pour apporter plus de lumière.
  • Des caisses dont le poids est limité à 12 kilos.
  • Des salariés formateurs sur les sites vérifiant les bonnes positions de leurs collègues. 
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