Retraites : Philippe lâche du lest sur l'âge pivot à l'approche de nouvelles négociations

  |  07/01/2020, 8:34  |  LA TRIBUNE
Lundi soir, le premier ministre a dit qu'il était hors de question de renoncer au principe d'universalité.
Lundi soir, le premier ministre a dit qu'il était "hors de question" de renoncer au principe d'universalité. (Crédits : POOL New)Le chef du gouvernement a déclaré, ce mardi sur RTL, qu'il n'était "fermé à aucune modalité" concernant la mise en place d'un âge pivot. Une façon de faire un pas vers la CFDT, qui réclame sa suppression, et d'envoyer un signal aux organisations syndicales et patronales alors que s'ouvre, à compter d'aujourd'hui, un nouveau round de concertation.

Édouard Philippe a indiqué, mardi sur RTL, qu'il n'était "fermé à aucune modalité" concernant la mise en place d'un âge pivot pour inciter à travailler plus longtemps, au 34e jour de grève contre la réforme des retraites.

"L'équilibre du système [de retraites] doit être garanti", et "je propose de le garantir par la mise en place d'un âge pivot", a-t-il redit.

"Mais si les organisations syndicales et patronales s'entendent pour un meilleur système, je le prendrai", a-t-il poursuivi. Il était interrogé sur cette mesure qui fâche la CFDT et pour laquelle le président de l'Assemblée nationale, Richard Ferrand, a suggéré un malus limité dans le temps, et non à vie.

Cette déclaration intervient alors que le gouvernement ouvre, à compter de ce mardi, un nouveau round de concertation de plus de deux semaines avec syndicats et patronat. Le ministère du Travail accueillera une première réunion dès 9h30. Elle sera ouverte par Édouard Philippe, déterminé à mener à bien la réforme transformant 42 régimes de retraite en un seul système par points.

Chacun doit faire "un pas vers l'autre", estime Philippe

Lundi soir, le chef du gouvernement a dit qu'il était "hors de question" de renoncer au principe d'universalité, lors d'une réunion du bureau exécutif de La République en marche à laquelle assistaient une douzaine de ministres.

Il a estimé que "le compromis nécessite que chacun fasse un pas vers l'autre" et s'est montré "optimiste sur la capacité à y arriver", a indiqué à l'AFP un participant.

Ce, alors que le soutien des Français à la grève a légèrement diminué pendant les fêtes de fin d'année, de deux points à 60%, selon un baromètre Harris Interactive pour RTL et AEF Info(*).

Calendrier serré

Mardi, face aux partenaires sociaux, seront présents Agnès Buzyn (Solidarités), Laurent Pietraszewski (Retraites), Olivier Dussopt (Fonction publique), mais aussi Muriel Pénicaud. En première ligne sur d'autres réformes menées malgré une fronde syndicale (code du travail, formation professionnelle, assurance-chômage...), la ministre du Travail a été jusqu'alors peu présente sur le dossier.

Côté patronat, le Medef, la CPME, l'U2P sont de la partie, tout comme les numéros un de la CFDT, de la CFE-CGC, de la CFTC, de l'Unsa.

La CGT et Force ouvrière, qui mènent la fronde, seront représentées, mais pas par leurs secrétaires généraux, Philippe Martinez et Yves Veyrier.

Dans la foulée, une autre réunion rue de Grenelle doit se focaliser en fin de matinée sur la pénibilité et l'emploi des seniors.

D'autres suivront: Olivier Dussopt recevra mercredi les syndicats de la fonction publique pour discuter de la retraite progressive et de la pénibilité; Agnès Buzyn lancera le 13 janvier le chantier de l'aménagement des fins de carrière à l'hôpital; Laurent Pietraszewski évoquera l'évolution du minimum de pension jusqu'au 17; la semaine du 13 encore, Jean-Michel Blanquer (Éducation) parlera méthode et calendrier de négociations en vue d'un protocole d'accord en juin pour les enseignants.

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Record de durée pour la grève

 

Des concessions ont déjà été faites par l'exécutif à de nombreux corps de métier, comme les policiers, les danseurs de l'Opéra, les marins, les pilotes... Mais le gouvernement a jusqu'alors échoué à faire cesser la grève illimitée à la RATP comme à la SNCF, la plus longue depuis la création de la compagnie de chemins de fer en 1938.

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Le conflit, qui a démarré le 5 décembre et a occasionné 600 millions d'euros de manque à gagner pour la SNCF (hors dédommagements des voyageurs) , selon le groupe ferroviaire, se poursuit mardi.

La circulation des trains reste "perturbée" ce mardi avec 3 TGV sur 4 mais seulement un Transilien sur deux. Aucune ligne de métro n'est totalement fermée mais le service assuré par la RATP sera loin d'être complet.

Après avoir maintenu le mouvement pendant les fêtes de fin d'année, les syndicats hostiles à la réforme (CGT, FO, CFE-CGC, Solidaires, FSU) organisent deux nouvelles journées de manifestations et de grèves jeudi et samedi. La CFE-CGC appelle uniquement à descendre dans la rue.

La mobilisation se poursuit dans d'autres secteurs que les transports, en particulier dans les raffineries.

"Conférence de financement"

Avant la présentation du projet de loi en Conseil des ministres dans la semaine du 20 janvier, le gouvernement espère encore convaincre la CFDT, qui est favorable au principe d'un système "universel" mais veut des ouvertures sur la pénibilité. Surtout, le premier syndicat français réclame le retrait de l'âge pivot, mesure "injuste" contre laquelle il a lancé une pétition.

Le président de l'Assemblée nationale, Richard Ferrand, a semblé ouvrir une porte en suggérant lundi un malus "temporaire" sur le modèle de ce qui existe déjà pour le régime complémentaire Agirc-Arrco.

Pour éviter l'"âge d'équilibre", Laurent Berger a lui suggéré l'organisation d'une "conférence de financement" sur les retraites "jusqu'à fin juillet". Une "très bonne proposition", a applaudi Bruno Le Maire, ministre de l'Économie.

"Si c'est pour nous faire avaler le projet de régime de retraite par points, ça ne marche pas", a prévenu a contrario Yves Veyrier, le secrétaire général de FO.

(*) Enquête en ligne réalisée le 6 janvier, sur un échantillon de 1.015 personnes selon la méthode des quotas.